mercredi 10 octobre 2012

Munich, jour 6 : Man wird überrascht, dass Mann überrascht !

Je me souviens encore bien des réunions de rentrée de l'ENS, au cours desquelles Antoine L. s'était chargé, sous nos yeux admiratifs et sous l'air satisfait de la responsable-Sécurité, de faire fonctionner  un extincteur, ou au cours desquelles Mme la responsable de la bibliothèque de chimie (la 14ème bibliothèque d'Ulm, donc) était venue vanter la belle lumière dans laquelle baigne "sa" bibliothèque le matin, malgré les seules trois places assises et l'unique poste d'ordinateur disponible.

Je craignais donc le pire en me rendant aux deux "Informationsveranstaltungen" de la journée. 

Or, je dois reconnaître, sous le regard quelque peu sceptique d'Odile, je le sens bien, que ces deux réunions étaient à la fois justifiées et bien menées, de sorte que je n'envisage aucune façon dont elles pourraient être améliorées.

La première, à destination des étudiants étrangers intéressés par la Germanistik,  permettait de se familiariser avec le vocabulaire allemand des emplois du temps, afin de distinguer Vorlesung, Einführungskurse, Proseminare, Hauptseminare. 
Et, surtout, c'était l'occasion d'apprendre que l'Université de Bavière a été fondée en 1472 ("mit päpstlicher Genehmigung in Ingolstadt"), et conservée 400 ans à l'extérieur de la ville de Munich ("König Maximilian I. von Bayern  wollte die „unruhigen Studenten“ nicht in der Landeshauptstadt haben"), que les bâtiments actuels ont été construits au milieu du XIXème siècle (1840 wurde das heutige Universitätshauptgebäude (Architekt Friedrich von Gärtner) bezogen) , et que 50 000 étudiants sont aujourd'hui inscrits à la LMU (dont 6 000 en Germanistik).
La salle est étrangement pleine d'Asiatiques : je n'ose imaginer combien la vie ici doit leur paraître exotique !


Entre midi et deux, je picore un sandwich en flânant dans ce Parc immense qu'est l'Englischer Garten : sous le soleil de cette fin d'été, le lieu est idyllique :




 

 




Vous en doutiez-vous ? Les Munichois paressent au soleil, en ce lundi après-midi, en short et bras de chemise, comme nous nous attendrions à trouver des gens du Sud se prélasser en plein été. 


Quant à moi, je me dirige vers ma deuxième réunion de la journée : celle-ci se déroule en anglais, afin que tous les "international students" profitent des mêmes informations. En effet, les professeurs de "Politikwissenschaft" ont l'air plus au courant des modalités d'échange que ceux de Germanistik : le Professor qui s'adresse à nous connaît par exemple parfaitement les impératifs de Sciences Po, ainsi que la rigidité de l'institution qui exige des élèves qu'ils sachent parfaitement quels cours les intéressent avant même d'avoir  pu assister à la première séance. Entendre du mal de Sciences Po même ici m'amuse, et m'inquiète un peu ; 5 étudiants sur les 40 présents dans la salle sont  de Sciences Po (Paris, Rennes ou Aix), et moi seule représente une alternative française à cette Institution : ne connaît-on donc à l'étranger que cette unique Ecole ? 
Leur anglais est d'ailleurs approximatif, et leur allemand hésitant : quand l'un d'eux, à la fin de la séance, affirme devant moi s'intéresser à de multiples pans de la culture germanique mais reconnaît n'avoir jamais entendu parler de Thomas Mann, je souris intérieurement.

Mais et cette Informationsveranstaltung, alors ? (Non, Odile : je ne me laisserai pas aller à la moindre critique !) Le professeur est prévenant, clair, il répète plusieurs fois ce que les étudiants (sciences-pistes arrivés en retard, et autres) ont du mal à saisir. Il nous montre comment nous inscrire aux différents cours grâce à la plateforme électronique, merveille de modernisme. En guise de conclusion, il propose à chacun de se présenter brièvement : à part nous 6 Français, des Italiens, des Roumains, des Japonais, quelques Américains, une Polonaise. Joli panel, mais pour lequel peu de cours seront dispensés en anglais : les Allemands semblent résister à cette mode d'internationalisation de plus en plus répandue en France.


Je quitte la salle en compagnie du jeune science-piste maîtrisant mieux la politique internationale que la littérature du XXème siècle. Il m'explique à quel point il sera libre cette année de suivre les cours qui l'intéressent, et m'invite à suivre avec lui un cours sur les critiques développées par Feuerbach, Marx, Nietzsche et Freud à l'égard de la religion. Intéressée par l'histoire de la pensée, je ne refuse pas. De sorte qu'il dégaine alors de son sac à dos un dépliant récapitulant les horaires des messes de toutes les églises du centre de Munich. Je vous vois déjà sourire, tous. Non, sincèrement, je n'avais rien fait pour susciter ce genre d'élan de sa part !

Il paraît sympa, nous retraversons le parc ensemble, devisant joyeusement. Je regrette simplement de ne pas l'avoir invité à boire une chope ou une tasse de thé au Biergarten si accueillant : qui sait quand il refera si beau à Munich ?



Enfin, en rentrant, je fais une découverte assez saisissante : alors que je projetais d'acheter le vélo aperçu dans une boutique du coin, je réalise que celui-ci n'a qu'un seul frein. Intriguée, je remets mon achat à plus tard, n'ayant pas confiance dans un tel matériel. L'explication me viendra de la maison : les Allemands ont inventé le frein par rétropédalage ("Rücktrittbremse"), ce qui me laisse quelque peu perplexe. Bien que de nombreux vélos munichois semblent pourvus de ce système, et bien que curieuse d'habitude de nouvelles expériences, je décide de me rabattre sur un vélo plus conventionnel.




Phrase du jour :
"Das Wort  'Programmstudent' gilt als eine 'Zauberformel': Jeder Dozent, jeder Professor, wird akzeptieren, mit einem Programmstudenten die Prüfungsmodalitäten zu verhandeln. Für einen 'normalen deutschen Studenten' ist es nicht so einfach."

1 commentaire:

  1. Pfff ! A Lohr, dans mon enfance, tout le monde avait un vélo avec frein sur la pédale. Ça fonctionne très bien. Pour le reste, confirmation de la rigueur germanique. Intéressant.

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