vendredi 12 octobre 2012

Munich, jour 9 : Promenade à travers détails

Aujourd'hui, je me lève avant l'idée d'accomplir un objectif que je m'étais fixé dès le jour de mon arrivée : acquérir un destrier à pédales.
L. m'ayant indiqué un Flohmarkt à prix "raisonnables" non loin de chez nous, je décide d'y faire un tour, bien décidée à repartir avec l'un de leurs biclous.


En face se trouve un magasin de cycles un peu plus attrayant : je compte d'abord m'y renseigner quant aux prix qu'ils pratiquent. Le vendeur regrette de n'avoir pas de vélo d'occasion à me proposer, mais me fait l'article du vélo le moins cher qu'il propose : "so günstig!"  Celui-ci coûtant tout de même la bagatelle de 600 €, et tous les autres plus de 1300 €, je lui adresse un sourire et préfère tenter ma chance dans la boutique d'en face.
Celle-ci ne paye pas de mine : on y trouve de la vaisselle dépareillée, des multiprises en nombre, des livres jaunis et des vêtements d'un autre temps. Mais les vélos, c'est vrai, n'y coûtent qu'entre 50 et 80 €.
Je m'aventure dans la cour intérieure : l'un des vélos me plaît, mais est trop haut pour moi à cause d'une selle bizarre. Je cherche de l'aide dans le "Kulturzentrum" kurde attenant, découvre des salles de danse, des canapés défoncés, des journaux dans une langue que j'ignore, mais personne disposé à me venir en aide. Toute seule, je parviens à échanger deux selles, puis vais réclamer la clef du cadenas à une vendeuse entr'aperçue.
Le patron arrive sur ses entre-faits, démonte ce qu'il y a à démonter, rapporte une selle rouillée et d'un âge respectable ; mais même ainsi équipé, le vélo n'est pas adapté pour moi : trop lourd, trop haut. Le patron ne se démonte pas, propose de casser le cadenas d'un joli vélo rouge dont le cadenas est cassé (mais depuis combien de temps traîne-t-il là ?!) : inutile, le dérailleur est cassé. Un grand vélo noir ? les manettes de frein refusent de s'abaisser. Un petit bleu très féminin ? Il n'a pas de dérailleur. Le orange dans le coin ? les pédales tournent quasiment à vide.
Je suis désolée d'avoir fait perdre du temps à ce Monsieur, mais ne peux réellement pas envisager me servir de l'une de ses antiquités dont il n'a visiblement pas pris soin du tout.





En quelques minutes, je retourne vers le magasin du premier jour : j'ai de la chance, le vélo avec "Rücktrittbremse" est toujours disponible. Payer 150 € pour un vélo comme neuf, avec trois vitesses fonctionnant parfaitement et des freins en état me semble, après ces expériences du matin, plutôt raisonnable. Le frein sur la pédale ? Si Lohrois et Lohroises ont su s'en servir, j'en serai capable aussi ! (Voir commentaire maternel précédent)






Mon vélo est magnifique : je me réjouis de l'essayer et entreprends une "longue promenade" le long de l'Isar. (En allant toujours tout droit, impossible de se perdre !)
Le temps était gris, mes photos n'ont rien d'exceptionnel. Pourtant, l'endroit était plutôt joli : on quitte très vite la ville (en 20 minutes environ), de sorte qu'on finit par avoir l'impression de se promener en forêt (mais toujours sur chemin goudronné !).
Nature, nature artificielle, et construction humaine





















Pensée pour ma Maman (en rendez-vous chez ophtalmo) : je n'aurais pas pensé me demander un jour de quel sens il était "préférable" d'être privé...




 

















Juste au moment où j'estime en avoir vu assez, j'aperçois un panneau indiquant un Biergarten en contre-haut. Je monte avec mon vélo les quelques marches de l'escalier, et admire la vue sur la voie ferrée :






Un Biergarten vide est bien sinistre : puisque vous lisez ces lignes, sentez-vous invités à venir le tester dès que le soleil brillera avec plus de constance :


 Je m'éloigne du fleuve, et parcours ce qui doit ressembler à une "autoroute pour promeneurs" en été ; en cette période, je croise peu de gens, et je profite du calme du lieu.




 Le chemin mène jusqu'à une petite chapelle, dans laquelle je pénètre en même temps qu'un couple plutôt âgé.  Tous deux sortent en me disant "Auf Wiedersehen !" ce qui sonne bien mais paraît plutôt peu crédible. C'est l'une des premières chapelles dans lesquelles j'entre depuis que je suis à Munich, et je ne suis pas encore habituée à ce décorum. Contrairement à ce que mes photos laissent deviner, elle est plutôt claire, et le regard est attiré vers l'essentiel. L'atmosphère me séduit. (Je suis consciente de l'absence de critère esthétique dans ce commentaire, mais attends d'être plus qualifiée pour porter un regard véritablement appréciateur sur l'art baroque.)
 
Santa Anna in Harlaching




















 Après la longue promenade que j'ai faite pour arriver jusqu'à elle, cette chapelle me paraît perdue au coeur de la forêt. En fait, la grande route est toute proche : les voitures passent à toute allure, je ne sais pas où je suis, et je me demande comment je vais rentrer alors que la nuit tombe (j'ai une pensée pour mes parents et je me réjouis qu'ils ne sachent pas où je me trouve à ce moment-là.)
Alors que j'étudie mon plan, un monsieur plutôt âgé propose de m'indiquer la direction à suivre. Lorsque je lui dis vouloir rentrer à Munich, il ouvre de grands yeux, assez ahuri : "Nach München ?! Mit dem Fahrrad ?!"
Suis-je donc si loin, que rentrer paraisse si improbable ?
Il me donne quelques indications, et mon sens de l'orientation est de toute façon bien meilleur in real life que dans un jeu vidéo ( ;-) François ) : je découvre une jolie piste cyclable, et file toujours tout droit jusqu'à ce que la Marienplatz finisse par être indiquée. Je rentre donc par la ville, découvrant le Sud de Munich. J'ai dû parcourir une vingtaine de kilomètres, en 3 heures environ : voilà longtemps que je n'étais pas restée si longtemps en selle !

Préparation du Marché de Noël vers l'église Mariahilf ?


Je passe faire quelques courses avant de rentrer, attachant mon vélo avec des dizaines d'autres devant le magasin, mais avec deux bien meilleurs cadenas que la plupart : si les Allemands ont de si beaux vélos, c'est sans doute à la fois parce qu'ils aiment le beau matériel, et parce qu'ils ne craignent pas de se les faire voler. Cette confiance "dans son prochain" est sidérante, mais tellement agréable...

Nous mangeons un Abendbrot avec plusieurs autres personnes. Une jeune fille a passé un week-end à Paris, et rapporté les produits qu'elle apprécie particulièrement : Tapenade, fromage de brebis et... rillettes. Nous-mêmes sommes en train d'en ouvrir un pot.
"Les avez-vous achetées en Allemagne, ou les avez-vous rapportées avec vous de France ?", nous demande l'Allemande. Nous éclatons de rire, tous ensemble, à l'idée que les Français pourraient se promener constamment avec des rillettes, quand les Allemands auraient toujours sur eux un peu de saucisse. De plus, nous goûtons les deux marques, et déclarons avec sincérité et sans aucun doute possible les rillettes françaises bien meilleures que les allemandes. Ces moments de complicité franco-allemands sont délicieux.

Après le repas, une soirée est prévue. Plutôt que d'aller nous entasser dans une salle aux volets fermés, avec musique à fond et bière offerte par le Parlement bavarois, nous profitons plutôt d'une contre-soirée, entre filles, sur canapés, avec lumière et beaux verres de bon vin. C'est très agréable : chacune raconte un peu quels sont ses études, ses attentes pour l'année à venir, son sujet de recherche. Plusieurs ont passé un an ou plus à Oxford, et décrivent ce lieu avec des étoiles dans les yeux.  Une jeune Ersti nous parle de son séjour d'un an en Tanzanie. Nous finissons la soirée à 4 puis à 3, et expliquons le système des grandes écoles françaises. Comme cette logique paraît absurde, expliquée à des étrangers ; et comme je déteste expliquer, en allemand donc sans les nuances et le second degré que j'ajouterais en français, la place de l'ENS dans le système élitiste français. Qu'importe : ma journée était très belle, et cette soirée l'a conclue en beauté !



*     *     *     *     *

BONUS : Promenade à travers détails allemands :


1) On distingue sur ce cliché : le souci d'indiquer clairement même le nom des pistes cyclables ; la volonté de séparer distinctement le chemin pour vélos de celui des piétons ; l'aspect totalement rétrograde des panneaux indicateurs, qui choque même une non-féministe convaincue en mon genre : comme si seule une mère EN JUPE était censée se promener  avec son enfant !



2) Comme il doit être pénible de jouer au ping-pong sur une table recouverte de feuilles mortes ! ... Aussi un adepte du lieu a-t-il en toute confiance abandonné ici son propre balai, dont tous peuvent profiter :


3) Fontaine d'eau potable "au milieu de nulle part", avec gamelle pour chiens, poubelle et sacs en plastique en libre service.



 4) A première vue, cet étal ressemble à tous les présentoirs des églises un peu touristiques : feuilles paroissiales, carte postale et mini-guide sont à la disposition des visiteurs. Mais regardez encore, et chercher l'indice prouvant que nous sommes en Allemagne, "car il y en a un" (cf Karambolage)!



Vous avez trouvé ? Ecrivez-nous vite !

5) Enfin, et à propos d'amitié franco-allemande, un signe des rapports entre nos deux pays : une stèle à la mémoire de Claude Lorrain, qui aurait vécu dans les environs :





Expression du jour :
 "Direkt importiert aus Frankreich !"

5 commentaires:

  1. J'aime beaucoup tous ces détails ! J'aime moins -evidemment- lire que ma fille est à 10 km de la Stiftung en pleine nuit et à vélo !
    Lecture paternelle: il parait que ce n'est pas un dérailleur, sur ton vélo...mais un... ? To be continued.

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  2. ... Le paternel maîtriserait-il mieux les dérailleurs que la fonction "commentaire" ?

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  5. Und wie sagt man das auf Deutsch?!

    + Je reconnais avoir sciemment dramatisé la situation, afin de provoquer une réaction de la part des lecteurs les plus âgés, et de vérifier si ceux-ci suivent effectivement mes (non-trépidantes) aventures !

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