Le professeur spécialiste de Thomas Mann nous propose de
jouer au jeu des 7 différences : il s’agit de comparer le roman de Thomas
Mann et le film tourné en 2008 et intitulé par son réalisateur « Die
Buddenbrooks », comme s’il devait s’agir d’une adaptation
cinématographique.
Le sens du terme « adaptation » peut être très
large : ici, la trame principale du roman a certes été respectée, mais les
dialogues et la subtilité laissent quelque peu à désirer.
Exemple :
Dans le roman, Tony
et son frère Thomas sont accueillis par Monsieur et Madame Schwarzkopf, qui
lui présentent leur fils lorsque celui-ci revient essoufflé de la plage où
il était allé lire : on prononce
son nom négligemment, sans en faire grand cas. Mademoiselle Budenbrook reste
assez indifférente et continue à converser poliment avec les autres convives.
Ce n’est qu’au moment où le jeune homme la rejoint sur la plage, plus tard,
qu’elle ose lui demander de répéter son prénom :
„ Morten ?
Es ist so hübsch…“
Dans le film de 2008, en revanche, Tony aperçoit le jeune
homme le lendemain, alors qu’elle vient d’ouvrir ses volets : il est en train
de se baigner dans l’océan et nage vigoureusement vers le large. Il la rejoint
alors qu’elle est assise toute seule à la table du petit déjeuner :
„ Hallo, ich
bin Morten.
- Morten ?
[Ah. Ok.]“
Quid de la magie ?
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| 2008 - Tony, bouche bée devant ce le fascinant Morten |
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| 1959 - Retenue, sourires en coin et esquives ? |
Tandis que Thomas Mann esquisse et
laisse entendre, le film souligne et indispose. L’érotisme de chaque scène est
ainsi explicite : le jeune médecin expose par exemple ses idéaux
communistes tout en se déshabillant et pique une tête dans l’océan juste après
avoir évoqué Marx ; puis, alors que l’orage gronde, tous deux se réfugies
dans une épave de bateau et s’y embrassent langoureusement. On se prend alors à
croire qu’une alternative existe, que le mariage d’amour reste une option, que
Tony ne sera peut-être pas obligée d’épouser cet arriviste et escroc de
Gründig. D’autant que Tony paraît avoir pris le parti des petites gens contre
ceux de son rang : lorsqu’elle aperçoit les bourgeois de Lübeck,
Hagenström en tête, se promenant non loin d’eux, elle rebrousse chemin et
refuse de les saluer ; dans le roman, elle faisait comprendre à Morten que
la bienséance et son sens des convenances lui imposaient de prendre congé du
jeune homme le temps de retrouver ces représentants de la bonne société.
Adaptation
cinématographique du roman ? Oui : le réalisateur adapte le
récit de Thomas Mann à notre époque, où nul n’oserait plus prétendre être
soumis aux poids des conventions et de la morale de ses pères.



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