mercredi 21 novembre 2012

Mardi 20 novembre



Le professeur spécialiste de Thomas Mann nous propose de jouer au jeu des 7 différences : il s’agit de comparer le roman de Thomas Mann et le film tourné en 2008 et intitulé par son réalisateur « Die Buddenbrooks », comme s’il devait s’agir d’une adaptation cinématographique.
Le sens du terme « adaptation » peut être très large : ici, la trame principale du roman a certes été respectée, mais les dialogues et la subtilité laissent quelque peu à désirer.
Exemple :
   Dans le roman, Tony et son frère Thomas sont accueillis par Monsieur et Madame Schwarzkopf, qui lui présentent leur fils lorsque celui-ci revient essoufflé de la plage où il  était allé lire : on prononce son nom négligemment, sans en faire grand cas. Mademoiselle Budenbrook reste assez indifférente et continue à converser poliment avec les autres convives. Ce n’est qu’au moment où le jeune homme la rejoint sur la plage, plus tard, qu’elle ose lui demander de répéter son prénom :
„ Morten ? Es ist so hübsch…“

Dans le film de 2008, en revanche, Tony aperçoit le jeune homme le lendemain, alors qu’elle vient d’ouvrir ses volets : il est en train de se baigner dans l’océan et nage vigoureusement vers le large. Il la rejoint alors qu’elle est assise toute seule à la table du petit déjeuner :
„ Hallo, ich bin Morten. 
- Morten ? [Ah. Ok.]“
Quid de la magie ?
2008 - Tony, bouche bée devant ce le fascinant Morten
1959 - Retenue, sourires en coin et esquives ?











Tandis que Thomas Mann esquisse et laisse entendre, le film souligne et indispose. L’érotisme de chaque scène est ainsi explicite : le jeune médecin expose par exemple ses idéaux communistes tout en se déshabillant et pique une tête dans l’océan juste après avoir évoqué Marx ; puis, alors que l’orage gronde, tous deux se réfugies dans une épave de bateau et s’y embrassent langoureusement. On se prend alors à croire qu’une alternative existe, que le mariage d’amour reste une option, que Tony ne sera peut-être pas obligée d’épouser cet arriviste et escroc de Gründig. D’autant que Tony paraît avoir pris le parti des petites gens contre ceux de son rang : lorsqu’elle aperçoit les bourgeois de Lübeck, Hagenström en tête, se promenant non loin d’eux, elle rebrousse chemin et refuse de les saluer ; dans le roman, elle faisait comprendre à Morten que la bienséance et son sens des convenances lui imposaient de prendre congé du jeune homme le temps de retrouver ces représentants de la bonne société.
Adaptation cinématographique du roman ? Oui : le réalisateur adapte le récit de Thomas Mann à notre époque, où nul n’oserait plus prétendre être soumis aux poids des conventions et de la morale de ses pères.



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