Premier cours dans la Glyptothek : premières découvertes !
Nous passons une heure et demie devant ce seul buste de Commodius, empereur :
Le professeur nous apprend à remarquer la structure du marbre, l'absence de cristaux des parties restaurées, et les traces d'érosion ou de nettoyage à l'acide ; il explique comment le palladium et le nez de l'empereur ont probablement été complétés par du gypse, puis à nouveau laissés dans l'état d'origine ; il remarque des imperfections dans les boucles de la barbe et décrit le regard de la statue comme un typique "regard de chambre à coucher ("Schlafzimmerblick").
Avant de partir, il nous invite à revenir dans cette "salle des bustes" et à y repérer les traits de famille entre les différents empereurs romains.
Cela paraît passionnant : l'espace d'un instant, je regrette de ne pas avoir appris cela à l'école. Puis je me souviens que j'ai effectivement appris tout ça, mais en un temps si lointain, si pré-prépa ! Le temps du grec et du latin, le temps des mythes et des héros...
A midi, pas de vrai repas mais une discussion passionnante avec E.
Suite à une mini-provocation de ma part, celle-ci m'a entreprise dès le petit-déjeuner à propos des privilèges des Normaliens. Ma pensée est déjà si peu claire en français que mon exposé dans mon allemand peu nuancé me paraît peu convaincant ; mais elle est patiente, et nous paraissons faites pour nous entendre : nous finissons par tomber d'accord.
En guise de bonus, j'explique l'étymologie du concept de "Khâgneux", auquel je m'identifie (comme chacun sait) tellement plus qu'à celui de Normalien : j'adore la façon dont les Allemands lèvent les yeux au ciel à chaque fois que j'évoque ces françaises excentricités !
En soirée, je retourne à la Glyptothek pour une conférence sur "Kaiser und Götter":
"Comment les empereurs romains en sont-ils venus à se laisser (à se faire ?) adorer et "diviniser" ?"
C'est captivant. J'aime qu'on me raconte des histoires. Comme l'assemblée est grisonnante, de plus, le guide parle un allemand parfait: lent et articulé ; l'écouter est un régal.


1. Les empereurs romains ne se sont jamais fait adorer comme des divinités, du moins pas Rome.
En revanche, les rois grecs avaient l'habitude de se faire représenter comme les héros de la mythologie. Il est frappant de remarquer que la coiffure d'Alexandre le Grand est semblable à celle de Zeus, de ses deux frères Hadès et Poséidon, d'Héraclès et d'Achille.
C'est pourquoi on ne sait toujours pas s'il s'agit ici d'Alexandre ou d'Achille :

2. Octave est le premier empereur à être appelé Auguste, puis Sebastos et Pontifex Maximus.
Il est représenté ici avec une couronnes de lauriers :
Alors que les romains n'auraient jamais toléré de telles fantaisies, les empereurs autorisent les citoyens anciennement grecs à perpétuer leurs coutumes.
Or, dans les régions les plus à l'Est de l'Empire, on avait l'habitude de bâtir un temple et de vouer un culte aux rois du vivant de ceux-ci.
3. Certains empereurs vont plus loin : Hadrien, "hellénophile",fait construire un temple à la mémoire d'Antinöus immédiatement après la mort de celui-ci. Il aurait notamment espéré, à en croire le guide, promouvoir dans l'Empire romain cette invention typiquement grecque qu'est la pédérastie.
« ... Je ne jetais qu'un coup d'œil à ma propre image, cette figure basanée, dénaturée par la blancheur du marbre, ces yeux grands ouverts, cette bouche mince et pourtant charnue, contrôlée jusqu'à trembler. Mais le visage d'un autre m'a préoccupé davantage. Sitôt qu'il compta dans ma vie, l'art cessa d'être un luxe, devint une ressource, une forme de secours. J'ai imposé au monde cette image : il existe aujourd'hui plus de portraits de cet enfant que de n'importe quel homme illustre, de n'importe quelle reine... » (Marguerite Yourcenar : Mémoires d'Hadrien (cliquer sur le lien ci-contre))
4. Le guide s'arrête finalement devant le portrait d'un anonyme, datant du IIIème siècle.
Il explique combien les cultes rendus à ces empereurs par les cités anciennement grecques étaient artificiels : chacune espérait surtout obtenir de l'Empire l'argent nécessaire à la construction d'édifices majestueux ainsi que le privilège de pouvoir battre monnaie. C'est pourquoi était célébré un culte officiel en l'honneur de l'empereur, aux manifestations grandioses et devant l'administrateur romain. Le guide souligne : "cela n'avait rien à voir avec la religion" : ce culte public était une manière d'unir la population derrière son chef, et d'en obtenir ses faveurs.
Il poursuit : "Ja, und im dritten Reich..."
Il a beau se corriger immédiatement avec un sourire gêné : "oh, im dritten Jahrhundert, Entschuldigung!", le bien est fait : nous avons bien compris où il voulait en venir. Son exposé prend un tour nouveau : la divinisation du chef, les cultes publics, et surtout la perte d'identité du peuple qui en oublie sa foi en des dieux plus anciens évoquent tout à coup une toute autre réalité que celle de marbre où nous évoluions.
![]() | |||||||||||||||||
| Homme ordinaire du IIIème siècle : soucieux, en ces temps de crises. | (NB: au premier plan) |
Phrase du jour :
"Wir sind durch unseren eigenen Glauben beschränkt.
Wieso? Ich nehme an, Sie sind keine Polytheisten: Ich bin Protestant, die meisten von Ihnen sind höchstwahrscheinlich katholisch.
Für uns gibt es nur einen Gott, und keine Möglichkeit, zu der göttlichen Sphäre zu gehören, ohne Gott zu sein."
* * * * * * *
BONUS :
[ Ceci est du TEASING : ]
Demain, je vais acheter un DIRNDL !





J'aime le "NB : au premier plan" ! (VG)
RépondreSupprimer