mercredi 21 novembre 2012

Mercredi 21 novembre



Ce matin, j’ouvre un compte bancaire à la Sparkasse.
Walthraud me sert un café dans une jolie tasse en porcelaine, « mit Sahne und Zucker », et se sent dès lors autorisée à se servir de son propre mug hideux et plus que défraîchi.
Surtout, son regard affligé lorsque j’ose demander quelle est la différence entre une « Creditkarte » et une « EC-Karte » vaut le détour : « Mais Mademoiselle, comme son nom l’indique, une « Creditkarte » permet de payer à crédit, tandis que l’EC-Karte est à début immédiat : étant donné votre absence de source de revenus, inutile d’espérer avoir le droit en Allemagne de payer à crédit. – Contractez vos dettes en France ! » Je sors amusée, et un peu perplexe : ai-je donc ouvert un compte libellé en Deutschemark, que les « frais de conversion » à payer en cas de retrait en France s’élèvent à 5 Euros ?


Pragmatisme allemand :
"Si vous envisagez de retirer 10 000 € e n liquide, merci de nous prévenir 2 jours à l'avance."
 
Dans l’après-midi, départ pour Sarrebruck en ICE. Nous traversons brume et villes industrielles, puis vallée ensoleillée et champs de panneaux solaires. Ambiance propice à la lecture.


Arrivée à Sarrebruck de nuit, sous la pluie. L’auberge de jeunesse semble bien plus loin que GoogleMap ne le laissait présager, de sorte que ma première impression de la ville ne lui rend certainement pas justice. Après avoir épelé mon nom à la réceptionniste et déposé mes affaires dans ma chambre, j’accepte de retourner vers le centre historique pour réviser mon jugement.
J’avais lu sur un panneau touristique que la Johanneskirche représentait un monument incontournable. Malheureusement, mon enquête tourne au gag lorsque je réalise que toutes les églises de la ville s’appellent ainsi : l’abbatiale catholique, l’église protestante actuelle, et l’ancienne église protestante !
Johanneskirche3
Johanneskirche 1
Johanneskirche 2


 
Je me réconforte en pénétrant dans le seul magasin ouvert après 18 heures : une librairie bien achalandée et plutôt sympathique :
Mais, consciencieuse, je poursuis ensuite ma visite en me dirigeant vers le château. « Ouverture exceptionnelle jusqu’à 20 heures le mercredi » : à moi la visite improvisée ! A peine ai-je pénétré dans la première salle que je me fais déjà reprendre à l’ordre : interdiction de photographier dans l’enceinte du musée sans autorisation ! Pas grave : je range bien docilement mon appareil photo et présente mes excuses à la gardienne. Celle-ci m’informe alors gentiment qu’il suffit toutefois de remplir immédiatement un vague papier pour obtenir gratuitement cette autorisation. J’accepte donc, me réjouissant de pouvoir peut-être garder un souvenir d’éventuels chefs d’œuvre.
Si les vitraux de l’église sont plutôt jolis et quelques bustes plutôt intéressants, le reste des œuvres exposées se révèle en fait très décevant. Portraits de famille en nombre et peintures naïves ornent les murs des salles des étages, réjouissant moins l’œil que les quelques meubles anciens épars.

















 









Monument funéraire du XVIIème siècle




La visite s’achève par l’exposition temporaire « Das blaue Pferdchen » ; 3 tableaux de Franz Marc encadrent celui qui donna le nom à l’exposition, version (encore) plus naïve du tableau de Kandinsky « Der blaue Reiter ». L’achat de ces 4 œuvres par la ville de Sarrebruck, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, fit scandale : les représentants de l’opposition conservatrice proposèrent au gouvernement SPD d’exposer les œuvres en même temps que leur prix d’acquisition, afin de rendre les contribuables conscients de la démesure d’un tel investissement. Cette idée m’a séduite : une telle confrontation du mercantile et de l’artistique ne modifierait-elle pas profondément notre manière de déambuler dans un musée ?


 Les textes qui accompagnent les tableaux sont d’une prétention extrême. Leurs auteurs soulignent par exemple avec émotion que l’analyse aux rayons X a révélé l’existence d’une peinture au-dessous du cheval bleu, et pas n'importe laquelle : « deux chevreuils, l’un broutant l’autre debout », rendez-vous compte ! De même, ils précisent combien le cheval est témoin d’éternité, révélateur  d’infini, intermédiaire vers l’au-delà, ou dans quelle mesure l’union d’agneaux se révèle « manifestation de l’Être indivis ».
Alors qu’on m’a formellement interdit de prendre des photos dans l’enceinte de l’exposition temporaire, mais espérant faire sourire mes aimables lecteurs en leur apportant la preuve de telles élucubrations, je photographie furtivement l’un de ces textes et m’en retourne gaiment par à où j’étais venue. Las ! La gardienne déjà précédemment aperçue accourt à ma rencontre, se dit navrée de ne pas avoir été écoutée : les caméras de surveillance ont détecté mon méfait, et l’on me somme d’effacer immédiatement la photo incriminée. J’en perds mon allemand, balbutie que je n’ai pas photographié d’œuvre mais seulement un texte un peu benêt, mais rien n’y fait : je ne me vois libérée qu’après avoir obtempéré.
J’ai terriblement honte d’avoir été prise en défaut, et sors toute penaude du musée.
-Culpabilité, culpabilité, culpabilité, fil rouge de ces élucubrations ?

 











 















Pour me remettre de mes émotions, repas au MacDo et traversée du « marché de Noël » très glauque car non encore inauguré : quelle idée, de se rendre à Sarrebruck fin novembre mais avant l’ouverture de son attraction principale !


Les sac poubelles n'ont pas été ramassés...
Le sapin n'est pas déplié...





Deux manèges se font  face...

Sans  que l'attrape-näifs ne laisse la place au légitime.

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