Ce matin, j’ouvre un compte bancaire à la Sparkasse.
Walthraud me sert un café dans une jolie tasse en
porcelaine, « mit Sahne und Zucker », et se sent dès lors autorisée à
se servir de son propre mug hideux et plus que défraîchi.
Surtout, son regard affligé lorsque j’ose demander quelle
est la différence entre une « Creditkarte » et une
« EC-Karte » vaut le détour : « Mais Mademoiselle, comme
son nom l’indique, une « Creditkarte » permet de payer à crédit, tandis
que l’EC-Karte est à début immédiat : étant donné votre absence de source
de revenus, inutile d’espérer avoir le droit en Allemagne de payer à crédit. –
Contractez vos dettes en France ! » Je sors amusée, et un peu
perplexe : ai-je donc ouvert un compte libellé en Deutschemark, que les
« frais de conversion » à payer en cas de retrait en France s’élèvent
à 5 Euros ?
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| Pragmatisme allemand : "Si vous envisagez de retirer 10 000 € e n liquide, merci de nous prévenir 2 jours à l'avance." |
Dans l’après-midi, départ pour Sarrebruck en ICE. Nous
traversons brume et villes industrielles, puis vallée ensoleillée et champs de panneaux solaires. Ambiance propice à la lecture.
Arrivée à Sarrebruck de nuit, sous la pluie. L’auberge de
jeunesse semble bien plus loin que GoogleMap ne le laissait présager, de sorte
que ma première impression de la ville ne lui rend certainement pas justice.
Après avoir épelé mon nom à la réceptionniste et déposé mes affaires dans ma
chambre, j’accepte de retourner vers le centre historique pour réviser mon
jugement.
J’avais lu sur un panneau touristique que la Johanneskirche
représentait un monument incontournable. Malheureusement, mon enquête tourne au
gag lorsque je réalise que toutes les églises de la ville s’appellent
ainsi : l’abbatiale catholique, l’église protestante actuelle, et
l’ancienne église protestante !
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| Johanneskirche3 |
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| Johanneskirche 1 |
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| Johanneskirche 2 |
Je me réconforte en pénétrant dans le seul
magasin ouvert après 18 heures : une librairie bien achalandée et plutôt
sympathique :
Mais, consciencieuse, je poursuis ensuite ma visite en me
dirigeant vers le château. « Ouverture exceptionnelle jusqu’à 20 heures le
mercredi » : à moi la visite improvisée ! A peine ai-je pénétré
dans la première salle que je me fais déjà reprendre à l’ordre :
interdiction de photographier dans l’enceinte du musée sans
autorisation ! Pas grave : je range bien docilement mon appareil
photo et présente mes excuses à la gardienne. Celle-ci m’informe alors
gentiment qu’il suffit toutefois de remplir immédiatement un vague papier pour
obtenir gratuitement cette autorisation. J’accepte donc, me réjouissant de
pouvoir peut-être garder un souvenir d’éventuels chefs d’œuvre.
Si les vitraux de l’église sont plutôt jolis et quelques
bustes plutôt intéressants, le reste des œuvres exposées se révèle en fait très
décevant. Portraits de famille en nombre et peintures naïves ornent les murs
des salles des étages, réjouissant moins l’œil que les quelques meubles anciens
épars.


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| Monument funéraire du XVIIème siècle |

La visite s’achève par l’exposition temporaire « Das blaue Pferdchen » ; 3 tableaux de Franz Marc encadrent celui qui donna le nom à l’exposition, version (encore) plus naïve du tableau de Kandinsky « Der blaue Reiter ». L’achat de ces 4 œuvres par la ville de Sarrebruck, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, fit scandale : les représentants de l’opposition conservatrice proposèrent au gouvernement SPD d’exposer les œuvres en même temps que leur prix d’acquisition, afin de rendre les contribuables conscients de la démesure d’un tel investissement. Cette idée m’a séduite : une telle confrontation du mercantile et de l’artistique ne modifierait-elle pas profondément notre manière de déambuler dans un musée ?
Les textes qui accompagnent les tableaux sont d’une
prétention extrême. Leurs auteurs soulignent par exemple avec émotion que l’analyse aux rayons X a
révélé l’existence d’une peinture au-dessous du cheval bleu, et pas n'importe laquelle : « deux
chevreuils, l’un broutant l’autre debout », rendez-vous compte ! De même, ils précisent combien le cheval est
témoin d’éternité, révélateur d’infini,
intermédiaire vers l’au-delà, ou dans quelle mesure l’union d’agneaux se révèle « manifestation de
l’Être indivis ».
Alors qu’on m’a formellement interdit de prendre des photos dans l’enceinte de l’exposition temporaire, mais espérant faire sourire mes aimables lecteurs en leur apportant la preuve de telles élucubrations, je photographie furtivement l’un de ces textes et m’en retourne gaiment par à où j’étais venue. Las ! La gardienne déjà précédemment aperçue accourt à ma rencontre, se dit navrée de ne pas avoir été écoutée : les caméras de surveillance ont détecté mon méfait, et l’on me somme d’effacer immédiatement la photo incriminée. J’en perds mon allemand, balbutie que je n’ai pas photographié d’œuvre mais seulement un texte un peu benêt, mais rien n’y fait : je ne me vois libérée qu’après avoir obtempéré.
Alors qu’on m’a formellement interdit de prendre des photos dans l’enceinte de l’exposition temporaire, mais espérant faire sourire mes aimables lecteurs en leur apportant la preuve de telles élucubrations, je photographie furtivement l’un de ces textes et m’en retourne gaiment par à où j’étais venue. Las ! La gardienne déjà précédemment aperçue accourt à ma rencontre, se dit navrée de ne pas avoir été écoutée : les caméras de surveillance ont détecté mon méfait, et l’on me somme d’effacer immédiatement la photo incriminée. J’en perds mon allemand, balbutie que je n’ai pas photographié d’œuvre mais seulement un texte un peu benêt, mais rien n’y fait : je ne me vois libérée qu’après avoir obtempéré.
J’ai terriblement honte d’avoir été prise en défaut, et sors
toute penaude du musée.
-Culpabilité, culpabilité, culpabilité, fil rouge de ces élucubrations ?
-Culpabilité, culpabilité, culpabilité, fil rouge de ces élucubrations ?
Pour me remettre de mes émotions, repas au MacDo et
traversée du « marché de Noël » très glauque car non encore
inauguré : quelle idée, de se rendre à Sarrebruck fin novembre mais avant
l’ouverture de son attraction principale !
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| Les sac poubelles n'ont pas été ramassés... |
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| Le sapin n'est pas déplié... |





















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